Fiche – Digital Services Act (DSA) et intelligence artificielle

27 juin 2026.

Fiche – Digital Services Act (DSA) et intelligence artificielle

Présentation générale

Le Digital Services Act (DSA) constitue l’un des piliers de la régulation numérique européenne. Adopté par le règlement (UE) 2022/2065 du 19 octobre 2022 et pleinement applicable depuis le 17 février 2024, il vise à moderniser le cadre juridique applicable aux intermédiaires numériques, aux plateformes en ligne et aux moteurs de recherche afin de créer un environnement numérique plus sûr, plus transparent et plus respectueux des droits fondamentaux.

Le DSA ne constitue pas un règlement sur l’intelligence artificielle à proprement parler. Toutefois, son importance pour l’IA est devenue considérable. Les systèmes algorithmiques utilisés par les plateformes pour recommander des contenus, modérer des publications, cibler la publicité ou personnaliser les services se trouvent directement au cœur de plusieurs obligations prévues par le règlement.

L’essor de l’IA générative a encore renforcé cette proximité. Les plateformes numériques intègrent désormais des agents conversationnels, des outils de génération de contenus, des systèmes de modération automatisée et des mécanismes avancés de recommandation qui relèvent à la fois du DSA et, dans certaines situations, de l’AI Act.

Le DSA s’inscrit ainsi dans un ensemble réglementaire plus vaste comprenant :

  • le RGPD ;
  • le DMA ;
  • l’AI Act ;
  • le Data Act ;
  • le Data Governance Act.

Ces textes participent à la construction progressive d’un droit européen du numérique fondé sur la transparence, la responsabilité et la maîtrise des risques technologiques.


Points essentiels

  • Le DSA est le règlement européen relatif aux services numériques.
  • Il est applicable depuis le 17 février 2024.
  • Il encadre les intermédiaires numériques, les plateformes et les moteurs de recherche.
  • Il impose des obligations spécifiques concernant les systèmes de recommandation.
  • Les très grandes plateformes (VLOPs) et moteurs de recherche (VLOSEs) sont soumis à des obligations renforcées.
  • Il introduit des exigences de transparence algorithmique inédites.
  • Il s’articule avec l’AI Act sans s’y substituer.
  • Les systèmes d’IA générative intégrés aux plateformes peuvent relever simultanément du DSA et de l’AI Act.
  • La gestion des risques systémiques constitue l’une de ses innovations majeures.

Contexte et objectifs

Une réponse à la transformation de l’espace numérique

L’essor des grandes plateformes numériques a profondément modifié :

  • l’accès à l’information ;
  • la diffusion des contenus ;
  • la publicité en ligne ;
  • les mécanismes de recommandation ;
  • les interactions sociales.

Le cadre issu de la directive sur le commerce électronique de 2000 est progressivement apparu insuffisant face à plusieurs phénomènes :

  • diffusion de contenus illicites ;
  • désinformation ;
  • manipulation algorithmique ;
  • atteintes aux droits fondamentaux ;
  • risques pour les mineurs ;
  • opacité des systèmes de recommandation ;
  • concentration du pouvoir informationnel.

Le DSA constitue la réponse européenne à ces enjeux.

Un objectif de confiance numérique

Le règlement poursuit plusieurs objectifs :

  • renforcer la protection des utilisateurs ;
  • améliorer la transparence des plateformes ;
  • accroître la responsabilité des intermédiaires numériques ;
  • réduire les risques systémiques ;
  • préserver la liberté d’expression tout en luttant contre les contenus illicites.

Champ d’application

Le DSA s’applique à différentes catégories d’acteurs :

  • fournisseurs de services intermédiaires ;
  • services d’hébergement ;
  • plateformes en ligne ;
  • places de marché numériques ;
  • moteurs de recherche ;
  • très grandes plateformes en ligne (VLOPs) ;
  • très grands moteurs de recherche (VLOSEs).

Les obligations varient selon la taille, la fonction et l’influence du service concerné.


Le DSA et les systèmes algorithmiques

Les systèmes de recommandation

Le DSA accorde une importance particulière aux systèmes utilisés pour :

  • classer les contenus ;
  • recommander des publications ;
  • hiérarchiser des résultats ;
  • personnaliser l’expérience utilisateur ;
  • orienter l’attention des utilisateurs.

Ces mécanismes reposent souvent sur des techniques d’intelligence artificielle ou d’apprentissage automatique.

Le règlement impose aux plateformes d’expliquer :

  • les principaux paramètres utilisés ;
  • les critères de personnalisation ;
  • le fonctionnement général des mécanismes de recommandation.

Cette obligation constitue l’une des premières formes de transparence algorithmique imposées à grande échelle dans l’Union européenne.

Une obligation de choix pour l’utilisateur

Pour certaines plateformes, le DSA impose également de proposer au moins une option de recommandation qui ne repose pas sur le profilage.

Cette disposition vise à réduire les effets potentiellement problématiques de l’hyperpersonnalisation algorithmique.


Transparence algorithmique

Une transparence encadrée

Le DSA n’exige pas la divulgation complète des algorithmes.

Le règlement cherche plutôt à garantir une transparence suffisante pour permettre :

  • la compréhension générale du fonctionnement du système ;
  • l’évaluation des risques ;
  • le contrôle par les autorités ;
  • l’exercice des droits des utilisateurs.

Cette approche est proche de celle retenue par l’AI Act pour certains systèmes d’IA.

Transparence de la publicité

Le DSA impose également des obligations spécifiques concernant :

  • l’identification des publicités ;
  • l’identification de l’annonceur ;
  • les critères de ciblage utilisés.

Ces dispositions présentent une importance particulière lorsque les mécanismes publicitaires reposent sur des systèmes d’IA.


DSA et intelligence artificielle générative

Une articulation avec l’AI Act

Le DSA et l’AI Act poursuivent des objectifs différents mais complémentaires.

Le DSA régule principalement :

  • les plateformes numériques ;
  • les moteurs de recherche ;
  • les intermédiaires ;
  • la diffusion des contenus.

L’AI Act régule principalement :

  • les systèmes d’intelligence artificielle ;
  • les modèles d’IA à usage général ;
  • les systèmes à haut risque ;
  • les obligations de gouvernance de l’IA.

Un même opérateur peut donc être soumis simultanément aux deux règlements.

Exemple

Une plateforme intégrant un assistant conversationnel fondé sur l’IA générative peut être soumise :

  • au DSA pour son activité de plateforme ;
  • à l’AI Act pour l’exploitation du système d’intelligence artificielle ;
  • au RGPD pour le traitement des données personnelles.

Les risques liés à l’intelligence artificielle

L’essor des systèmes génératifs a renforcé plusieurs préoccupations déjà identifiées par le DSA.

Désinformation

Les modèles génératifs facilitent :

  • la production massive de contenus ;
  • la création automatisée d’articles ;
  • la génération de faux commentaires ;
  • la diffusion coordonnée de contenus trompeurs.

Deepfakes

Les contenus synthétiques peuvent affecter :

  • les processus électoraux ;
  • la réputation des personnes ;
  • la confiance dans l’information ;
  • la sécurité publique.

Manipulation algorithmique

Les systèmes de recommandation associés à l’IA peuvent :

  • amplifier certains contenus ;
  • orienter les comportements ;
  • renforcer les phénomènes de polarisation ;
  • accroître certains risques sociétaux.

Ces préoccupations se trouvent au cœur de l’approche du DSA.


Les obligations des très grandes plateformes (VLOPs)

Une responsabilité renforcée

Les Very Large Online Platforms (VLOPs) et Very Large Online Search Engines (VLOSEs) sont soumis à des obligations supplémentaires.

Ils doivent notamment :

  • réaliser des évaluations annuelles des risques ;
  • mettre en œuvre des mesures d’atténuation ;
  • accepter des audits indépendants ;
  • renforcer leur transparence ;
  • coopérer avec les autorités compétentes.

Risques systémiques

Le DSA impose une évaluation des risques liés notamment :

  • à la diffusion de contenus illicites ;
  • à la désinformation ;
  • à la manipulation de services ;
  • aux atteintes aux droits fondamentaux ;
  • aux processus démocratiques ;
  • à la protection des mineurs.

Les systèmes d’IA utilisés par les plateformes jouent souvent un rôle central dans ces risques.


DSA et gouvernance de l’intelligence artificielle

Une logique de responsabilité

Le DSA participe à l’émergence d’une gouvernance européenne des systèmes algorithmiques fondée sur :

  • la transparence ;
  • l’auditabilité ;
  • la responsabilité ;
  • la gestion des risques ;
  • la supervision réglementaire.

Complémentarité avec les autres textes

TexteObjet principal
RGPDProtection des données personnelles
DSAServices numériques et plateformes
DMAConcurrence des plateformes structurantes
AI ActRégulation des systèmes d’IA
Data ActAccès et partage des données

Cette architecture vise à créer un cadre cohérent de gouvernance numérique.


Jurisprudence et contentieux émergents

Un contentieux en construction

Le DSA étant d’application récente, la jurisprudence spécifique demeure encore limitée.

Toutefois, plusieurs catégories de contentieux émergent déjà :

  • obligations de modération ;
  • retrait de contenus ;
  • publicité ciblée ;
  • systèmes de recommandation ;
  • transparence algorithmique ;
  • gestion des risques systémiques.

Les futurs contentieux liés à l’IA

Les prochaines années devraient voir se développer des litiges concernant :

  • l’usage des IA génératives sur les plateformes ;
  • les deepfakes ;
  • la modération automatisée ;
  • les biais algorithmiques ;
  • la responsabilité des plateformes utilisant l’IA.

Débats actuels

La question de la sur-réglementation

Certains acteurs considèrent que l’accumulation du RGPD, du DSA, du DMA et de l’AI Act pourrait accroître les coûts de conformité et ralentir l’innovation.

La protection des droits fondamentaux

D’autres analyses considèrent au contraire que cette régulation est indispensable pour :

  • protéger les utilisateurs ;
  • préserver la liberté d’expression ;
  • renforcer la confiance dans les technologies numériques.

Les modèles de fondation

L’intégration croissante des grands modèles de langage dans les plateformes soulève de nouvelles questions relatives :

  • à la responsabilité ;
  • à la transparence ;
  • au contrôle humain ;
  • à la gouvernance des contenus générés.

Actualité récente

Les évolutions récentes mettent en évidence :

  • la montée en puissance du contrôle européen des plateformes ;
  • les premières procédures de supervision DSA ;
  • l’intégration croissante d’outils d’IA générative dans les services numériques ;
  • le développement des obligations d’évaluation des risques systémiques ;
  • l’articulation progressive entre DSA et AI Act.

Ressources essentielles

Textes

  • Règlement (UE) 2022/2065 relatif à un marché unique des services numériques (DSA).
  • Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle (AI Act).
  • Règlement (UE) 2022/1925 relatif aux marchés numériques (DMA).
  • Règlement (UE) 2016/679 (RGPD).
  • Data Act.
  • Data Governance Act.

Fiches connexes

  • Fiche – AI Act.
  • Fiche – Digital Markets Act (DMA).
  • Fiche – Transparence algorithmique.
  • Fiche – Modération automatisée.
  • Fiche – Désinformation et intelligence artificielle.
  • Fiche – Deepfakes.
  • Fiche – Gouvernance des plateformes numériques.
  • Fiche – Responsabilité des systèmes algorithmiques.

FAQ

Le DSA est-il un règlement sur l’intelligence artificielle ?

Non. Le DSA régule principalement les services numériques et les plateformes. L’AI Act régule les systèmes d’intelligence artificielle.

Une plateforme utilisant l’IA est-elle soumise au DSA ?

Oui, dès lors qu’elle entre dans le champ d’application du règlement.

Le DSA impose-t-il une transparence algorithmique ?

Oui. Il prévoit notamment des obligations relatives aux systèmes de recommandation et aux mécanismes de personnalisation.

Les IA génératives sont-elles concernées ?

Indirectement par le DSA lorsqu’elles sont intégrées à une plateforme et directement par l’AI Act lorsqu’elles relèvent de son champ d’application.

Le DSA interdit-il les algorithmes de recommandation ?

Non. Il impose davantage de transparence et de contrôle mais n’interdit pas leur utilisation.

Quel est le principal point commun entre le DSA et l’AI Act ?

La recherche d’une meilleure maîtrise des risques et d’une plus grande transparence des systèmes algorithmiques.

Les très grandes plateformes ont-elles des obligations particulières ?

Oui. Elles doivent notamment réaliser des évaluations des risques systémiques et se soumettre à des audits indépendants.


Résumé pédagogique

Définition

Le Digital Services Act (DSA) est le règlement européen qui encadre les services numériques, les plateformes en ligne et les moteurs de recherche. Il vise à renforcer la sécurité de l’espace numérique et la protection des utilisateurs.

Exemple

Un réseau social utilisant un algorithme d’IA pour recommander des contenus doit expliquer les principaux paramètres de ce système et, dans certains cas, proposer une alternative ne reposant pas sur le profilage.

Problématique juridique

Les plateformes numériques utilisent massivement l’intelligence artificielle pour modérer, recommander ou personnaliser les contenus. Ces usages soulèvent des questions de transparence, de responsabilité, de désinformation et de protection des droits fondamentaux.

Cadre légal

Le DSA repose principalement sur le règlement (UE) 2022/2065. Il s’articule avec le RGPD, le DMA et l’AI Act afin de constituer un cadre européen cohérent de gouvernance des plateformes numériques et des systèmes algorithmiques.

Méthodologie : Cette fiche a été générée avec l’assistance de l’intelligence artificielle à partir de la base documentaire et de sources juridiques complémentaires lorsque cela était nécessaire. Elle constitue une synthèse documentaire et ne remplace pas un avis juridique.

Fiches Dabo Tibi Ius associées :