14 juin 2026.
1. Présentation générale
L’annotation des données désigne l’opération consistant à enrichir des données brutes (textes, images, vidéos, sons, documents juridiques, bases de données, etc.) par des informations structurées permettant à un système d’intelligence artificielle (IA) d’apprendre à reconnaître des modèles, des concepts ou des comportements.
L’annotation constitue l’une des étapes essentielles du cycle d’entraînement d’un système d’IA. Elle intervient notamment dans les modèles d’apprentissage supervisé, où les données sont associées à des étiquettes (« labels ») permettant à l’algorithme d’identifier les caractéristiques recherchées.
L’entraînement d’une IA consiste quant à lui à utiliser un ensemble de données afin d’ajuster les paramètres d’un modèle pour qu’il puisse réaliser des tâches déterminées : classification, prédiction, génération de texte, reconnaissance d’images, traduction, analyse juridique, etc.
L’importance juridique de ces opérations a fortement augmenté avec le développement des modèles d’IA générative et des modèles de fondation (foundation models). Les questions relatives à la provenance des données, au respect du droit d’auteur, à la protection des données personnelles, aux conditions de travail des annotateurs ou encore à la transparence des jeux de données sont désormais au cœur des débats réglementaires.
2. Points essentiels à retenir
- L’annotation est une étape fondamentale de nombreux systèmes d’IA.
- Les données d’entraînement déterminent largement la qualité, la robustesse et les biais éventuels d’un modèle.
- L’annotation peut être réalisée par des humains, par des systèmes automatisés ou selon des approches hybrides.
- L’AI Act européen impose des obligations accrues de transparence pour certains fournisseurs d’IA.
- Les données utilisées pour l’entraînement peuvent soulever des questions de :
- droit d’auteur ;
- protection des données personnelles ;
- secret des affaires ;
- non-discrimination ;
- responsabilité.
- Les conditions de travail des annotateurs font l’objet d’une attention croissante.
- La transparence sur les données d’entraînement constitue aujourd’hui un sujet majeur du débat réglementaire.
3. Cadre technique
Qu’est-ce que l’annotation ?
L’annotation consiste à attribuer une information à une donnée.
Exemples :
| Donnée | Annotation |
|---|---|
| Image | « Chat » |
| Décision de justice | « Responsabilité civile » |
| Contrat | « Clause de confidentialité » |
| Audio | Transcription textuelle |
| Courriel | « Spam » ou « Non spam » |
Dans le domaine juridique, l’annotation peut notamment servir à :
- entraîner des moteurs de recherche juridique ;
- identifier des clauses contractuelles ;
- classifier des décisions de justice ;
- détecter des risques de conformité ;
- construire des assistants juridiques fondés sur l’IA générative.
Principaux types d’annotation
Annotation manuelle
Réalisée par des opérateurs humains.
Avantages :
- meilleure qualité ;
- meilleure compréhension contextuelle.
Inconvénients :
- coût élevé ;
- lenteur ;
- risques de subjectivité.
Annotation semi-automatique
L’IA pré-annote les données et l’humain vérifie.
Cette approche devient dominante dans de nombreux projets industriels.
Annotation automatique
Réalisée uniquement par des algorithmes.
Elle permet de traiter des volumes massifs mais peut introduire davantage d’erreurs.
Types de données d’entraînement
Les modèles d’IA peuvent être entraînés sur :
- des textes ;
- des images ;
- des vidéos ;
- des sons ;
- des bases de données structurées ;
- des contenus juridiques ;
- des données publiques accessibles en ligne ;
- des données synthétiques générées artificiellement.
4. Cadre juridique
Droit européen
AI Act
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) introduit plusieurs obligations concernant les données utilisées pour l’entraînement des systèmes d’IA.
Les fournisseurs doivent notamment :
- mettre en place des mécanismes de gouvernance des données ;
- documenter les jeux de données utilisés ;
- réduire les biais identifiés ;
- assurer une qualité suffisante des données ;
- respecter les droits fondamentaux.
Pour les modèles d’IA à usage général (GPAI), les obligations de transparence sont renforcées.
RGPD
Lorsque les données d’entraînement contiennent des données personnelles, le RGPD s’applique.
Les principaux principes concernés sont :
- licéité du traitement ;
- minimisation des données ;
- limitation des finalités ;
- transparence ;
- sécurité ;
- droits des personnes concernées.
Les fournisseurs doivent être en mesure d’identifier une base juridique valide pour l’utilisation des données.
Directive Copyright (DSM)
La directive (UE) 2019/790 a introduit des exceptions relatives au text and data mining (TDM).
Ces exceptions permettent, sous certaines conditions, l’extraction automatisée d’informations à partir d’œuvres protégées.
Toutefois :
- certains titulaires de droits peuvent exercer un mécanisme d’opt-out ;
- les modalités exactes d’application continuent d’alimenter les débats.
Droit français
Code de la propriété intellectuelle
Les articles relatifs à la fouille de textes et de données (TDM) encadrent certaines utilisations d’œuvres protégées dans l’entraînement des systèmes d’IA.
La question demeure particulièrement sensible pour :
- les œuvres littéraires ;
- les contenus de presse ;
- les bases de données ;
- les contenus culturels.
5. Jurisprudence et décisions importantes
Contentieux liés aux données d’entraînement
Depuis l’essor des IA génératives, plusieurs actions judiciaires ont été engagées contre des fournisseurs d’IA concernant :
- l’utilisation d’œuvres protégées ;
- l’absence alléguée de consentement des titulaires de droits ;
- l’exploitation de contenus accessibles en ligne.
Une partie importante de ces litiges est encore pendante, notamment aux États-Unis.
Jurisprudence relative aux données personnelles
Les autorités de protection des données examinent de plus en plus :
- la licéité de la collecte massive de données ;
- la réutilisation de contenus publics ;
- les modalités d’exercice des droits des personnes concernées.
6. Acteurs principaux
Fournisseurs de modèles d’IA
Parmi les principaux acteurs :
- OpenAI
- Meta
- Mistral AI
- Anthropic
Sociétés d’annotation
Des entreprises spécialisées réalisent l’annotation de données à grande échelle.
Parmi les acteurs souvent cités figure :
- Sama
Autorités publiques
Union européenne
- Commission européenne
- Parlement européen
France
- CNIL
- CSPLA
7. État actuel des débats
Transparence des données d’entraînement
L’un des principaux débats porte sur la question suivante :
Les fournisseurs d’IA doivent-ils révéler précisément les données utilisées pour entraîner leurs modèles ?
Deux positions s’opposent.
Position favorable à une transparence renforcée
Les ayants droit et de nombreux acteurs culturels considèrent que :
- l’identification des œuvres utilisées est indispensable ;
- les mécanismes d’opt-out doivent être vérifiables ;
- les créateurs doivent pouvoir contrôler l’utilisation de leurs œuvres.
Position plus restrictive
Certains développeurs de modèles avancés soutiennent que :
- une transparence excessive pourrait révéler des secrets industriels ;
- les coûts de documentation seraient considérables ;
- certains jeux de données sont trop vastes pour être listés intégralement.
Conditions de travail des annotateurs
Les enquêtes récentes ont mis en lumière :
- la sous-traitance internationale ;
- les faibles rémunérations dans certains pays ;
- l’exposition à des contenus violents ou traumatisants.
Ces problématiques soulèvent des questions de responsabilité sociale et de gouvernance de l’IA.
Biais dans les données
Les biais présents dans les données annotées peuvent être reproduits ou amplifiés par les modèles.
Les enjeux concernent notamment :
- les discriminations ;
- les stéréotypes ;
- la représentativité des populations ;
- la diversité linguistique et culturelle.
8. Actualité récente
Les articles récents recensés mettent en évidence plusieurs tendances majeures.
Renforcement des exigences de transparence
L’article « IA générative : le Parlement européen veut forcer les modèles à révéler leurs données d’entraînement » (Solutions Numériques, 11 mars 2026) souligne la volonté du Parlement européen de renforcer la transparence concernant les données utilisées pour entraîner les modèles d’IA générative.
Débat sur le droit d’auteur
L’article « Entraînement des IA et droit d’auteur : l’industrie culturelle veut l’adoption rapide de la loi » (Next.ink, 6 mai 2026) met en lumière les demandes du secteur culturel visant à obtenir davantage de visibilité sur l’utilisation des œuvres dans l’entraînement des modèles.
Rapport du CSPLA
L’article « Obligations de transparence sur les données d’entraînement du RIA : retour sur le rapport de mission du CSPLA » (Dalloz Actualité, 22 janvier 2025) analyse les conséquences du futur cadre européen sur la documentation et la traçabilité des données d’entraînement.
Conditions de travail des annotateurs
L’article « Kenya : Sama licencie un millier d’annotateurs IA après la rupture avec Meta » (AfricTelegraph, 9 mai 2026) illustre les enjeux sociaux associés au marché mondial de l’annotation de données.
9. Ressources et sources essentielles
Textes
- Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act).
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD).
- Directive (UE) 2019/790 sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique.
- Code de la propriété intellectuelle.
- Code du travail.
Rapports
- Rapports du CSPLA sur les données d’entraînement et l’IA générative.
- Travaux de l’OCDE sur la gouvernance de l’IA.
- Travaux de l’UNESCO sur l’éthique de l’intelligence artificielle.
10. FAQ
L’annotation est-elle obligatoire pour entraîner une IA ?
Non. Certains modèles utilisent des méthodes non supervisées ou auto-supervisées, mais l’annotation demeure essentielle dans de nombreux cas.
Une IA peut-elle être entraînée sur des données personnelles ?
Oui, mais sous réserve du respect du RGPD et des autres règles applicables.
Les œuvres protégées peuvent-elles servir à l’entraînement d’une IA ?
La réponse dépend notamment des règles relatives au text and data mining et des éventuels mécanismes d’opt-out.
L’AI Act impose-t-il une transparence sur les données d’entraînement ?
Oui, particulièrement pour certaines catégories de systèmes et de modèles d’IA.
Qui réalise l’annotation des données ?
Des salariés, des prestataires spécialisés, des experts métiers ou parfois des plateformes de microtravail.
Pourquoi les biais apparaissent-ils dans les modèles ?
Parce qu’ils peuvent être présents dans les données d’entraînement ou introduits lors de l’annotation.
Les données synthétiques remplacent-elles les données réelles ?
Pas totalement. Elles constituent souvent un complément permettant de réduire certains risques ou coûts.
Sources documentaires mobilisées
- « Kenya : Sama licencie un millier d’annotateurs IA après la rupture avec Meta », AfricTelegraph, 9 mai 2026. URL : https://africtelegraph.com/blog/kenya-sama-licencie-un-millier-dannotateurs-ia-apres-la-rupture-avec-meta/
- « IA générative : le Parlement européen veut forcer les modèles à révéler leurs données d’entraînement », Solutions Numériques, 11 mars 2026. URL : https://www.solutions-numeriques.com/ia-generative-le-parlement-europeen-veut-forcer-les-modeles-a-reveler-leurs-donnees-dentrainement/
- « Obligations de transparence sur les données d’entraînement du RIA : retour sur le rapport de mission du CSPLA », Dalloz Actualité, 22 janvier 2025.
- « Entraînement des IA et droit d’auteur : l’industrie culturelle veut l’adoption rapide de la loi », Next.ink, 6 mai 2026. URL : https://next.ink/237045/entrainement-des-ia-et-droit-dauteur-lindustrie-culturelle-veut-ladoption-rapide-de-la-loi/
Méthodologie : Cette fiche a été générée avec l’assistance de l’intelligence artificielle à partir de la base documentaire disponible et de sources complémentaires sélectionnées. Elle a vocation à fournir une synthèse informative et ne constitue pas un avis juridique.
Fiches Dabo Tibi Ius associées:
- Données personnelles
- IA générative
- Modèles de fondation (Foundation Models)
- Text and Data Mining (TDM)
- Droit d’auteur et intelligence artificielle
- Gouvernance des données
- Biais algorithmiques
- Audit des systèmes d’IA

