Fiche – Clone vocal, intelligence artificielle et droit

2 août 2026.

Présentation générale

Un clone vocal est une reproduction artificielle de la voix d’une personne obtenue au moyen d’un système d’intelligence artificielle. À partir d’enregistrements plus ou moins nombreux, le système analyse les caractéristiques de la voix afin de générer de nouveaux propos que la personne n’a jamais prononcés.

Le clone peut reproduire notamment :

  • le timbre ;
  • l’intonation ;
  • le rythme ;
  • l’accent ;
  • la prononciation ;
  • les hésitations ;
  • les émotions apparentes ;
  • certaines particularités expressives.

Le clonage vocal doit être distingué de la simple synthèse vocale. Une voix de synthèse générique ne cherche pas nécessairement à reproduire une personne identifiable. Le clone vocal vise au contraire à imiter une voix déterminée ou à rendre la production reconnaissable comme celle d’une personne réelle.

Cette technologie présente de nombreux usages légitimes :

  • restauration de la voix d’une personne malade ou handicapée ;
  • doublage et traduction ;
  • production audiovisuelle ;
  • jeu vidéo ;
  • livre audio ;
  • assistant vocal personnalisé ;
  • conservation d’une voix avant une intervention médicale ;
  • accessibilité ;
  • création artistique ;
  • reproduction autorisée de la voix d’un acteur.

Elle permet également des usages dommageables :

  • fraude au président ;
  • faux appel d’un proche demandant de l’argent ;
  • usurpation de l’identité d’un dirigeant ;
  • fausse déclaration politique ;
  • publicité non autorisée ;
  • harcèlement ;
  • chantage ;
  • contenu sexuel synthétique ;
  • fabrication de preuves ;
  • manipulation électorale.

Le clone vocal se situe au croisement du droit à la personnalité, de la protection des données, du droit pénal, du droit des contrats, du droit de la consommation, du droit de la preuve et du règlement européen sur l’intelligence artificielle.

Le droit français ne consacre pas encore un régime général autonome intitulé « droit à la voix ». La voix est néanmoins protégée par plusieurs fondements selon la nature de l’atteinte : vie privée, attribut de la personnalité, données personnelles, usurpation d’identité, montage algorithmique, escroquerie ou atteinte à l’intimité.

Depuis la loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler l’espace numérique, l’article 226-8 du Code pénal vise expressément les contenus sonores générés par un traitement algorithmique et représentant les paroles d’une personne sans son consentement.


Points essentiels

  • Le clone vocal reproduit les caractéristiques vocales d’une personne identifiable.
  • La voix enregistrée constitue généralement une donnée personnelle lorsqu’elle permet d’identifier une personne.
  • Elle devient une donnée biométrique au sens renforcé du RGPD lorsqu’un traitement technique l’utilise pour identifier ou authentifier une personne de manière unique.
  • L’enregistrement initial de la voix et la génération de nouveaux propos sont deux traitements distincts.
  • Le consentement à un enregistrement ne vaut pas automatiquement consentement au clonage.
  • Le consentement au clonage ne vaut pas nécessairement autorisation pour tous les textes, supports, territoires et usages.
  • Le droit français réprime la diffusion non signalée de certains contenus sonores générés par algorithme représentant les paroles d’une personne.
  • L’étiquetage d’un clone vocal ne rend pas automatiquement son utilisation licite.
  • Un clone vocal utilisé pour obtenir des fonds peut constituer une escroquerie.
  • Son utilisation pour nuire à la réputation d’une personne peut relever de l’usurpation d’identité.
  • Le RIA impose un marquage technique des contenus audio synthétiques et un étiquetage visible des deepfakes dans les conditions de son article 50.
  • Le contrat autorisant l’usage d’une voix doit définir précisément les finalités, les propos autorisés et la durée.
  • La voix d’une personne décédée soulève des difficultés particulières, faute de régime général unifié.
  • L’authenticité d’un enregistrement sonore ne peut plus être présumée du seul fait qu’il paraît réaliste.

1. Fonctionnement du clonage vocal

1.1. Collecte d’échantillons

Le système reçoit des enregistrements de la personne :

  • entretien ;
  • discours public ;
  • vidéo ;
  • podcast ;
  • message vocal ;
  • conversation ;
  • lecture réalisée spécialement pour l’entraînement.

Certains outils peuvent produire une imitation à partir de quelques secondes d’enregistrement. D’autres nécessitent un corpus plus important pour reproduire fidèlement les intonations et les émotions.

1.2. Construction du modèle vocal

Le système extrait une représentation des caractéristiques de la voix. Cette représentation peut être intégrée à un modèle ou conservée sous la forme d’un profil permettant de synthétiser de nouveaux sons.

Le modèle associe ensuite le profil vocal à :

  • un texte ;
  • une autre voix ;
  • une prononciation ;
  • une langue ;
  • une consigne émotionnelle.

1.3. Génération

L’utilisateur saisit un texte ou fournit un contenu audio. Le système produit un nouvel enregistrement donnant l’impression que la personne clonée prononce les propos.

Le clone peut donc faire dire à la personne :

  • des paroles exactes qu’elle a autorisées ;
  • une traduction d’un contenu qu’elle a réellement prononcé ;
  • des propos entièrement nouveaux ;
  • des propos contraires à ses opinions ;
  • un message frauduleux.

La portée juridique dépend largement de ce qui a été autorisé et de la manière dont le contenu est présenté au public.


2. La voix comme attribut de la personne

2.1. Une caractéristique permettant l’identification

La voix peut permettre de reconnaître une personne, parfois sans que son nom soit indiqué.

Elle comporte des caractéristiques :

  • physiques ;
  • physiologiques ;
  • linguistiques ;
  • culturelles ;
  • comportementales.

Elle peut également révéler ou laisser supposer :

  • l’âge ;
  • l’origine géographique ;
  • l’état émotionnel ;
  • certaines pathologies ;
  • la consommation de substances ;
  • la situation sociale.

Le traitement d’un enregistrement vocal peut donc affecter à la fois l’identité et la vie privée.

2.2. Absence d’un droit légal unifié à la voix

Le droit français protège plus clairement le nom, l’image, la vie privée et les données personnelles que la voix envisagée isolément.

La jurisprudence peut néanmoins reconnaître que la voix identifiable constitue un attribut de la personnalité et que son utilisation non autorisée est susceptible de causer un préjudice.

Le tribunal judiciaire de Paris a ainsi été saisi d’une demande fondée sur l’article 9 du Code civil concernant la reproduction non autorisée de la voix d’une personne dans une chanson. Cette décision confirme que les litiges relatifs à la voix peuvent être appréhendés au moyen des droits de la personnalité, même si les conditions de protection dépendent du contexte.

2.3. Article 9 du Code civil

L’article 9 du Code civil dispose que chacun a droit au respect de sa vie privée. Le juge peut prescrire toute mesure propre à empêcher ou à faire cesser une atteinte, sans préjudice de l’indemnisation du dommage.

Ce fondement peut être pertinent lorsque le clone :

  • reprend une conversation privée ;
  • révèle une information personnelle ;
  • fait croire à une déclaration intime ;
  • place la personne dans une situation fictive portant atteinte à sa vie privée.

L’article 9 ne constitue cependant pas nécessairement le fondement exclusif de toute reproduction vocale. La protection doit être appréciée selon l’identifiabilité, le contexte, l’autorisation donnée et la nature de l’atteinte.


3. Données personnelles et données biométriques

3.1. La voix comme donnée personnelle

Un enregistrement vocal est une donnée personnelle lorsqu’il se rapporte à une personne identifiée ou identifiable.

Sont alors susceptibles de constituer des traitements :

  • l’enregistrement ;
  • la collecte de vidéos ou podcasts ;
  • l’extraction de caractéristiques ;
  • l’entraînement du modèle ;
  • le stockage du profil ;
  • la génération de contenus ;
  • la mise à disposition du clone.

Ces opérations doivent respecter les principes du RGPD :

  • licéité ;
  • transparence ;
  • finalité ;
  • minimisation ;
  • exactitude ;
  • limitation de la conservation ;
  • sécurité ;
  • responsabilité.

3.2. Donnée biométrique

Toute voix enregistrée n’est pas automatiquement une donnée biométrique relevant de l’article 9 du RGPD.

Elle acquiert cette qualification renforcée lorsqu’un traitement technique spécifique porte sur ses caractéristiques et permet ou confirme l’identification unique de la personne.

Il faut donc distinguer :

  • la création d’une voix destinée à imiter un acteur ;
  • l’utilisation d’une empreinte vocale pour authentifier un client bancaire ;
  • l’identification d’une personne au sein d’un ensemble d’enregistrements.

Le second et le troisième usages relèvent plus clairement de la biométrie d’identification.

3.3. Données déduites

Le système peut également extraire ou déduire des informations sur :

  • l’émotion ;
  • la santé ;
  • l’accent ;
  • l’origine supposée ;
  • le stress ;
  • l’âge.

Ces inférences peuvent être inexactes, mais demeurer des données personnelles lorsqu’elles sont rattachées à une personne identifiable.


4. Consentement au clonage

4.1. Consentement à l’enregistrement et consentement au clone

Le fait d’accepter d’être enregistré ne signifie pas nécessairement que la personne accepte :

  • l’entraînement d’un modèle ;
  • la conservation permanente de son profil vocal ;
  • la génération de nouveaux propos ;
  • la commercialisation du clone ;
  • son utilisation dans une autre langue ;
  • son usage après son décès.

Le consentement doit donc être suffisamment spécifique.

4.2. Étendue de l’autorisation

Une autorisation de clonage vocal devrait préciser :

  • la personne ou l’entité autorisée ;
  • l’outil ou le fournisseur utilisé ;
  • les finalités ;
  • les textes susceptibles d’être générés ;
  • les domaines exclus ;
  • les supports ;
  • les langues ;
  • le territoire ;
  • la durée ;
  • les conditions de rémunération ;
  • le droit de validation ;
  • les possibilités de retrait ;
  • le sort du modèle à la fin du contrat.

4.3. Usages sensibles

Une autorisation générale ne devrait pas être interprétée comme permettant automatiquement de produire :

  • un message politique ;
  • une publicité ;
  • un contenu sexuel ;
  • un conseil médical ;
  • un appel financier ;
  • une déclaration portant atteinte à la réputation ;
  • une approbation commerciale.

La sensibilité de l’usage peut justifier un consentement ou une validation distincte.

4.4. Relations de travail

Le consentement d’un salarié ou d’un interprète peut être fragilisé par le déséquilibre de la relation.

Le contrat doit éviter de transférer de manière illimitée la maîtrise de la voix. Il peut notamment prévoir :

  • un droit de regard ;
  • une liste d’usages interdits ;
  • une limitation temporelle ;
  • une rémunération adaptée ;
  • une obligation de suppression ;
  • une interdiction de sous-licence non autorisée.

5. Diffusion d’un clone vocal sans consentement

5.1. Article 226-8 du Code pénal

L’article 226-8 du Code pénal sanctionne la diffusion au public ou à un tiers d’un montage réalisé avec les paroles d’une personne sans son consentement lorsqu’il n’est pas évident qu’il s’agit d’un montage ou qu’aucune mention expresse n’est donnée.

Depuis le 23 mai 2024, le texte vise également le contenu sonore généré par un traitement algorithmique et représentant les paroles d’une personne sans son consentement, lorsque le caractère généré n’apparaît pas à l’évidence ou n’est pas expressément mentionné.

Les peines sont :

  • un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende ;
  • deux ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende lorsque la diffusion utilise un service de communication au public en ligne.

5.2. Portée de l’étiquetage pénal

La mention du caractère artificiel joue un rôle dans la définition de cette infraction.

Elle ne signifie cependant pas qu’un clone vocal signalé est toujours licite. D’autres infractions ou responsabilités peuvent demeurer applicables lorsque le contenu :

  • porte atteinte à la vie privée ;
  • usurpe l’identité ;
  • constitue une escroquerie ;
  • est diffamatoire ;
  • viole un contrat ;
  • utilise illicitement des données ;
  • porte atteinte à un droit voisin.

5.3. Contenus sexuels

L’article 226-8-1 du Code pénal incrimine spécifiquement la diffusion sans consentement de montages ou contenus visuels ou sonores à caractère sexuel réalisés avec les paroles ou l’image d’une personne.

Les peines sont plus élevées que pour le montage ordinaire et s’appliquent même lorsque le caractère artificiel du contenu est mentionné : l’infraction repose ici sur l’absence de consentement à la diffusion du contenu sexuel.


6. Usurpation d’identité et atteinte à la réputation

L’article 226-4-1 du Code pénal sanctionne l’usurpation de l’identité d’un tiers ou l’usage de données permettant de l’identifier lorsqu’il est destiné à troubler sa tranquillité ou celle d’autrui, ou à porter atteinte à son honneur ou à sa considération.

La peine est d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Le même régime s’applique lorsque l’infraction est commise sur un réseau de communication au public en ligne.

Un clone vocal peut relever de ce texte lorsqu’il est employé pour :

  • publier de faux propos déshonorants ;
  • se faire passer pour la personne ;
  • harceler son entourage ;
  • créer un faux profil ;
  • simuler une conversation compromettante.

L’application dépend toutefois de la finalité et des éléments constitutifs de l’infraction. Toute imitation humoristique ou artistique n’est pas automatiquement une usurpation d’identité pénale.


7. Fraudes utilisant des clones vocaux

7.1. Fraude au proche

L’escroc reproduit la voix d’un enfant, d’un conjoint ou d’un parent et prétend être confronté à une urgence :

  • accident ;
  • arrestation ;
  • hospitalisation ;
  • perte de téléphone ;
  • besoin immédiat d’argent.

La crédibilité de la voix peut réduire la vigilance de la victime.

7.2. Fraude au dirigeant

Le clone vocal d’un dirigeant peut être utilisé pour demander :

  • un virement urgent ;
  • la communication d’identifiants ;
  • une modification de coordonnées bancaires ;
  • la transmission d’un document ;
  • le contournement d’une procédure interne.

7.3. Escroquerie

Lorsque le clone constitue une manœuvre frauduleuse destinée à tromper une personne et à obtenir la remise de fonds, d’un bien, d’un service ou d’un engagement, l’article 313-1 du Code pénal peut s’appliquer.

L’escroquerie est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende, sous réserve des aggravations éventuellement applicables.

7.4. Mesures de prévention

Les organisations peuvent adopter :

  • une confirmation par un second canal ;
  • un mot de passe familial ;
  • une double validation des virements ;
  • un rappel vers un numéro connu ;
  • l’interdiction d’exécuter une opération sur la seule base d’un message vocal ;
  • une sensibilisation aux appels urgents ou inhabituels.

La reconnaissance intuitive de la voix ne doit plus être considérée comme un moyen d’authentification suffisant.


8. Règlement européen sur l’intelligence artificielle

8.1. Marquage technique des contenus audio

L’article 50, paragraphe 2, du RIA impose aux fournisseurs de systèmes générant des contenus synthétiques audio, visuels, vidéo ou textuels de rendre leurs sorties :

  • marquées dans un format lisible par machine ;
  • détectables comme artificiellement générées ou manipulées.

Cette obligation est applicable depuis le 2 août 2026, sous réserve de la période transitoire prévue pour certains systèmes déjà commercialisés.

8.2. Clone vocal comme deepfake

Le RIA définit le deepfake comme un contenu audio, visuel ou vidéo généré ou manipulé par IA qui ressemble à des personnes, objets, lieux, entités ou événements existants et pourrait apparaître faussement authentique ou véridique.

Un clone reproduisant la voix d’une personne réelle peut donc constituer un deepfake audio.

Le déployeur doit alors révéler que le contenu a été artificiellement généré ou manipulé.

8.3. Œuvres artistiques et satiriques

Lorsqu’un clone vocal est intégré à une œuvre manifestement artistique, créative, satirique ou fictive, l’obligation de transparence demeure, mais peut être mise en œuvre selon des modalités adaptées qui ne compromettent pas l’exploitation normale de l’œuvre.

La mention peut notamment figurer :

  • dans le générique ;
  • dans les crédits ;
  • dans la description ;
  • sur la page de présentation.

8.4. Limite de l’étiquetage

L’obligation de transparence ne constitue pas une autorisation d’imiter la voix.

Un clone étiqueté peut encore violer :

  • le consentement de la personne ;
  • le RGPD ;
  • l’article 226-8-1 du Code pénal ;
  • un contrat ;
  • les droits d’un artiste-interprète ;
  • le droit de la consommation.

9. Publicité, consommation et pratiques trompeuses

Un clone vocal peut être utilisé pour faire croire qu’une personne :

  • recommande un produit ;
  • soutient une marque ;
  • témoigne de son efficacité ;
  • exerce une fonction d’expert ;
  • a participé à la publicité.

L’étiquetage au titre du RIA n’écarte pas l’application du droit de la consommation.

Une publicité peut demeurer trompeuse lorsqu’elle crée une fausse approbation ou attribue à une personne une déclaration qu’elle n’a pas faite.

Le consentement à l’utilisation commerciale de la voix doit être clairement distingué du consentement à la création technique du clone.


10. Artistes-interprètes et productions culturelles

10.1. Doublage et interprétation

Le clonage vocal peut être utilisé pour :

  • doubler un acteur ;
  • traduire une œuvre ;
  • corriger une prise ;
  • compléter un enregistrement ;
  • maintenir la continuité d’une série ;
  • produire des versions adaptées.

Ces usages nécessitent un encadrement contractuel précis.

10.2. Droits voisins

Selon les circonstances, l’enregistrement source peut être protégé par les droits de l’artiste-interprète et par les droits du producteur.

Il convient de distinguer :

  • l’utilisation de l’enregistrement existant ;
  • l’extraction des caractéristiques de la voix ;
  • l’entraînement du modèle ;
  • la génération d’une nouvelle prestation ;
  • l’exploitation commerciale du résultat.

L’autorisation de reproduire un enregistrement ne vaut pas nécessairement autorisation de créer un modèle capable de générer des prestations futures.

10.3. Rémunération

Le contrat peut prévoir :

  • une rémunération initiale ;
  • une redevance par utilisation ;
  • une rémunération par épisode ou langue ;
  • un droit d’approbation ;
  • un mécanisme de renégociation ;
  • un contrôle des sous-licences.

11. Voix des personnes décédées

Le clonage vocal d’une personne décédée peut servir à :

  • restaurer une œuvre ;
  • produire un documentaire ;
  • créer un avatar mémoriel ;
  • poursuivre un personnage fictif ;
  • réaliser une publicité ;
  • permettre un dialogue artificiel avec le défunt.

La CNIL relève le développement de services permettant de converser avec le clone numérique d’un proche décédé, ce qui renouvelle les questions relatives aux données post mortem et au deuil.

En droit français, la personnalité juridique prend fin au décès. Les héritiers ne disposent pas nécessairement d’un droit patrimonial général sur tous les attributs de la personnalité du défunt.

Il faut néanmoins examiner :

  • les volontés exprimées de son vivant ;
  • les droits sur les enregistrements ;
  • les contrats ;
  • les droits voisins ;
  • le respect dû à la mémoire ;
  • le risque de préjudice pour les proches ;
  • la tromperie du public ;
  • le traitement des données de personnes vivantes liées au défunt.

L’absence d’un régime général spécifique crée une importante insécurité juridique. Une autorisation donnée de son vivant demeure la solution la plus robuste.


12. Clone vocal et droit de la preuve

12.1. Fragilisation de la preuve audio

Un enregistrement sonore réaliste ne permet plus, à lui seul, d’établir que la personne a réellement prononcé les propos.

Le risque concerne :

  • les messages vocaux ;
  • les appels enregistrés ;
  • les réunions ;
  • les aveux ;
  • les instructions professionnelles ;
  • les menaces ;
  • les conversations privées.

12.2. Vérification de l’authenticité

L’analyse peut porter sur :

  • les métadonnées ;
  • le fichier original ;
  • l’appareil d’enregistrement ;
  • la chaîne de conservation ;
  • les coupures ;
  • le bruit de fond ;
  • les incohérences acoustiques ;
  • les mécanismes de provenance ;
  • les témoignages ;
  • le contexte de création.

Les outils de détection ne sont pas infaillibles. Leur résultat doit lui-même être interprété et discuté contradictoirement.

La fiche Dabo Tibi Ius consacrée à la preuve souligne que l’essor des deepfakes remet en cause la confiance spontanée accordée aux contenus audiovisuels.


13. Sécurité du modèle vocal

Un profil vocal peut être détourné si :

  • les enregistrements sources sont volés ;
  • le compte est compromis ;
  • l’API n’est pas protégée ;
  • le modèle peut être exporté ;
  • aucune restriction ne limite les textes générés ;
  • les employés disposent d’un accès excessif.

Les mesures de sécurité peuvent comprendre :

  • authentification forte ;
  • chiffrement ;
  • contrôle des accès ;
  • journalisation ;
  • limitation des exportations ;
  • validation des contenus sensibles ;
  • filigrane audio ;
  • procédure de révocation ;
  • suppression à la fin du contrat ;
  • notification des incidents.

La compromission d’un modèle vocal est difficilement réversible : contrairement à un mot de passe, la personne ne peut pas remplacer sa voix naturelle.


14. Bonnes pratiques contractuelles

Une convention de clonage vocal devrait au minimum régler les éléments suivants.

Objet

  • constitution du clone ;
  • génération de contenus ;
  • exploitation commerciale éventuelle.

Données

  • origine des enregistrements ;
  • durée de conservation ;
  • possibilité d’utiliser d’autres sources ;
  • interdiction de réutilisation pour entraîner un modèle général.

Usages autorisés

  • textes ;
  • supports ;
  • langues ;
  • territoires ;
  • public visé.

Usages interdits

  • politique ;
  • contenus sexuels ;
  • conseil médical ou financier ;
  • fraude ;
  • publicité non approuvée ;
  • déclarations contraires à la dignité.

Contrôle

  • validation préalable ;
  • droit d’audit ;
  • accès aux journaux ;
  • obligation d’étiquetage.

Fin du contrat

  • suppression du modèle ;
  • conservation des archives ;
  • retrait des contenus ;
  • sort des sous-licences ;
  • usages après décès.

Jurisprudence

La jurisprudence française consacrée spécifiquement au clone vocal produit par une IA demeure limitée.

Les contentieux sont actuellement susceptibles d’être traités au moyen de catégories existantes :

  • atteinte aux droits de la personnalité ;
  • vie privée ;
  • usurpation d’identité ;
  • montage algorithmique ;
  • escroquerie ;
  • données personnelles ;
  • droit des artistes-interprètes ;
  • inexécution contractuelle.

Le tribunal judiciaire de Paris a déjà été saisi d’un litige relatif à la reproduction non autorisée d’une voix dans une œuvre musicale, mais cette affaire ne concernait pas nécessairement un clone vocal génératif au sens contemporain. Elle ne suffit donc pas à établir un régime jurisprudentiel autonome du droit à la voix.


Acteurs

Personne clonée

Elle doit pouvoir maîtriser les finalités, les propos et la durée d’utilisation de sa voix.

Fournisseur du modèle

Il développe la technologie, assure sa sécurité et met en œuvre le marquage technique prévu par le RIA.

Déployeur

Il utilise le clone dans un contexte professionnel et doit notamment respecter les obligations de transparence applicables aux deepfakes.

Producteur ou éditeur

Il organise l’exploitation commerciale et assume la responsabilité du contenu publié.

Plateforme

Elle peut détecter, étiqueter, modérer ou retirer les contenus frauduleux ou illicites.

CNIL

Elle contrôle les traitements de données personnelles associés aux enregistrements, aux profils vocaux et aux modèles.

Autorités judiciaires

Elles interviennent en matière de fraude, d’usurpation, d’atteinte à la personnalité et de preuve.


Débats actuels

Existe-t-il un droit autonome à la voix ?

La protection existe par plusieurs voies, mais demeure fragmentée. La reconnaissance légale d’un droit autonome est régulièrement discutée face aux capacités de clonage.

Une mention « voix générée par IA » suffit-elle ?

Non. L’étiquetage répond à une exigence de transparence, mais ne remplace pas l’autorisation de la personne.

Peut-on imiter la voix d’une célébrité à des fins satiriques ?

La liberté d’expression et la création peuvent justifier certains usages. L’étiquetage, l’absence de confusion, la nature du propos et le préjudice causé demeurent déterminants.

Peut-on cloner une voix à partir d’enregistrements publics ?

L’accessibilité des enregistrements ne vaut pas autorisation générale d’entraîner un modèle ou de produire de nouveaux propos.

Les héritiers peuvent-ils autoriser le clone d’un défunt ?

Cela dépend notamment des droits sur les enregistrements, des contrats et des volontés du défunt. Les héritiers ne disposent pas nécessairement d’un droit absolu sur sa voix.

Comment prouver qu’un enregistrement est authentique ?

Aucune méthode unique ne suffit. La provenance, les métadonnées, la chaîne de conservation et l’expertise technique doivent être combinées.


Ressources essentielles

Base documentaire Dabo Tibi Ius

Deepfakes : définition, cadre juridique et enjeux

La fiche couvre les contenus audio reproduisant la voix d’une personne et les obligations de transparence.

Droit de la preuve et intelligence artificielle

Droit de l’intelligence artificielle

Cette page recense notamment les articles relatifs à la voix, à l’identité numérique, aux deepfakes et aux droits des personnes.

La recherche dans la base n’a pas permis d’identifier une fiche autonome antérieure exclusivement intitulée « Clone vocal ». La présente fiche synthétise donc principalement les ressources Dabo Tibi Ius relatives aux deepfakes, à la preuve, à la vie privée et à l’identité.

Textes français

Article 226-8 du Code pénal

Montages et contenus visuels ou sonores générés par traitement algorithmique.

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049571542

Article 226-8-1 du Code pénal

Contenus visuels ou sonores à caractère sexuel réalisés sans consentement.

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049567458

Article 226-4-1 du Code pénal

Usurpation d’identité.

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042193593

Article 313-1 du Code pénal

Escroquerie.

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006418192

Article 9 du Code civil

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006419288

Sources européennes

Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle

https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1689/oj/fra

Règlement général sur la protection des données

https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2016/679/oj/fra

CNIL

La voix artificielle rend la machine plus humaine

https://linc.cnil.fr/itw-nicolas-obin-la-voix-artificielle-rend-la-machine-plus-humaine

Livre blanc sur les assistants vocaux

https://www.cnil.fr/sites/cnil/files/atoms/files/cnil_livre-blanc-assistants-vocaux.pdf

Données post-mortem et clones numériques

https://linc.cnil.fr/donnees-post-mortem-y-t-il-une-vie-numerique-apres-la-mort

FAQ

Qu’est-ce qu’un clone vocal ?

Une reproduction artificielle de la voix d’une personne permettant de lui faire prononcer des propos nouveaux.

Une voix est-elle une donnée personnelle ?

Oui lorsqu’elle permet d’identifier directement ou indirectement une personne.

Est-elle toujours une donnée biométrique sensible ?

Non. Elle l’est lorsque ses caractéristiques font l’objet d’un traitement technique destiné à identifier ou authentifier une personne de manière unique.

Peut-on cloner une voix à partir d’un podcast public ?

L’accès public à l’enregistrement ne vaut pas nécessairement consentement à la création ou à l’exploitation d’un clone.

Faut-il informer le public ?

Oui lorsqu’il s’agit notamment d’un deepfake audio diffusé par un déployeur dans le champ de l’article 50 du RIA. Le fournisseur doit également assurer un marquage technique.

Une mention rend-elle le clone licite ?

Non. Le consentement, le RGPD, les droits de la personnalité, le droit pénal et les contrats restent applicables.

Quelle peine est prévue pour un clone vocal non signalé ?

L’article 226-8 prévoit notamment un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, portés à deux ans et 45 000 euros en cas de diffusion par un service de communication au public en ligne.

Un clone vocal utilisé pour demander un virement constitue-t-il une escroquerie ?

Il peut constituer la manœuvre frauduleuse d’une escroquerie si les autres éléments de l’infraction sont réunis.

Peut-on utiliser la voix d’un acteur décédé ?

La réponse dépend des contrats, des droits sur les enregistrements, des volontés exprimées et des conditions de présentation au public.

Un enregistrement vocal est-il encore une preuve fiable ?

Il demeure recevable dans certaines circonstances, mais son authenticité doit pouvoir être vérifiée. Son réalisme ne suffit plus.


Méthodologie : Cette fiche a été générée avec l’assistance de l’intelligence artificielle à partir de la base documentaire et de sources juridiques complémentaires lorsque cela était nécessaire. Elle constitue une synthèse documentaire et ne remplace pas un avis juridique.


Résumé pédagogique

Définition

Un clone vocal est une reproduction de la voix d’une personne créée par intelligence artificielle. À partir d’enregistrements, le système peut produire de nouveaux propos en imitant son timbre, son accent et ses intonations. La technologie est utilisée pour l’accessibilité, le doublage et la création, mais également pour la fraude et l’usurpation d’identité.

Exemple

Un escroc utilise quelques secondes d’une vidéo publiée en ligne pour cloner la voix d’un dirigeant. Il appelle ensuite le service comptable et demande un virement urgent. La voix réaliste ne constitue pas une preuve de l’identité de l’appelant. Si le salarié remet les fonds, les faits peuvent relever de l’escroquerie.

Problématique juridique

Le droit doit concilier les usages créatifs et médicaux du clonage avec la maîtrise de l’identité de la personne. Le consentement à être enregistré ne vaut pas automatiquement autorisation de créer un clone ou de lui faire prononcer n’importe quel texte. L’étiquetage ne remplace pas cette autorisation.

Cadre légal

En France, les articles 226-8 et 226-8-1 du Code pénal répriment certains contenus sonores générés sans consentement. L’usurpation d’identité et l’escroquerie peuvent également s’appliquer. Le RGPD encadre les enregistrements et profils vocaux. Le RIA impose, depuis le 2 août 2026, le marquage technique des contenus audio synthétiques et l’information du public pour les deepfakes.

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